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28 septembre 2010 2 28 /09 /septembre /2010 19:13

 

BIENVENUE A GATTACA

« SILVER SCREEN » revient aujourd’hui sur le film « Bienvenue à Gattaca », chef d’œuvre du cinéma d’anticipation avec Ethan Hawke, Uma Thurman et Jude Law.

 

LE RESUMÉ

Dans un futur proche, Vincent Freeman (Ethan Hawke) est l’un des derniers êtres « naturels » nés dans un monde dominé par la sélection génétique. Gaucher, myope et souffrant d’une légère malformation du cœur, il lui est impossible d’accéder à un poste qualifié. Son "handicap" génétique le cantonne au rôle d'homme de ménage. Malgré tout, Vincent est déterminé à réaliser son rêve : devenir astronaute. Il usurpe donc l’identité de Jérôme Morrow (Jude Law), un athlète génétiquement supérieur, afin d’être admis à l'académie spatiale de Gattaca. Mais quand le directeur de celle-ci est sauvagement assassiné, un indice laissé sur la scène du crime menace de contrecarrer les plans de Vincent…

UN FILM D’ANTICIPATION TEINTÉ D’HUMANISME

ETHAN HAWKE

Écrit et réalisé en 1998 par Andrew Niccol (également scénariste de « The Truman Show ») pour un modeste budget de 18 millions de dollars, « Bienvenue à Gattaca » trouve de toute évidence ses sources d’inspirations dans la littérature d’anticipation. La thématique de l’eugénisme (transformation du patrimoine génétique de l’espèce humaine, dans le but de le faire tendre vers un idéal déterminé) développée tout le long du film rappelle bien sûr le «Meilleur des mondes» (1931) d’Aldous Huxley.

D’ailleurs, bien avant la sortie du film, les campagnes promotionnelles donnaient déjà le ton. L’une des affiches montrait notamment un bébé en posant la question suivante : «Si vous aviez le choix, vous en remettriez-vous aux lois du hasard? Pourquoi ne pas mettre toutes les chances du côté de votre enfant?» Suivait une liste d'options génétiques, associant pour chacune d’elle les futures aptitudes de l’enfant.

C’est dans ce contexte-ci que le metteur en scène nous décrit une vision très alarmiste de nos futures sociétés contemporaines dans laquelle l’utilisation extrême de la science et de la sécurité fait finalement passer l’être humain au second plan. Car « Bienvenue à Gattaca » s’inspire également de « 1984 » de George Orwell. Les individus sont quotidiennement surveillés et obligés de se soumettre à des analyses de sang ou d’urine. De ce fait, comme le dira très justement un critique du Télégramme « Gattaca est un monde où les in-valides (lire: les imparfaits, nés ex-vitro) sont détectables, tels des tickets de métro usagés, dans des guichets de contrôle aussi bénins d'apparence que les portillons automatiques du RER. Sauf que là, c'est une seule goutte de sang qui suffit à vous faire repérer et reléguer aux menus métiers d'entretien ».

Néanmoins, le cinéaste laisse au spectateur la liberté de se faire sa propre opinion sur cette société futuriste. Ainsi, il ne remet pas en cause les fondements de cette société (dont les avancées scientifiques ont mis fin à certaines maladies), mais glorifie plutôt ceux qui savent et ont le courage d'utiliser toutes les failles du système pour parvenir à leurs fins. Il met en lumière cette incertitude et cette absence de maîtrise des autorités qui créent une bulle de liberté garantissant l'affranchissement de ses citoyens. C'est dans cet espace qu'évolue le personnage de Vincent, bien décidé à ne pas jouer avec le jeu qui lui a été distribué à sa naissance et à réaliser ses propres rêves.

Au final, le réalisateur montre avec brio que l'esprit et la volonté peuvent l'emporter sur le déterminisme génétique. Il s'agit dans tous les cas d'un combat réellement difficile, mais qui se doit d'être tenu. Les courses aquatiques remportées à plusieurs reprises par Vincent contre son frère, génétiquement parfait, prouvent que la foi (parfois aveugle) de réussir l'emporte au final devant le rationalisme.

LA FIN ALTERNATIVE

Il est à noter que c’est sur ce ton résolument humaniste que devait s’ouvrir le générique de fin de « Bienvenue à Gattaca ». Cette version alternative, disponible dans les suppléments de l’édition Blu Ray du film, présente très dignement un certain nombre de personnalités, parmi lesquelles on retrouve Albert Einstein, JFK, Ray Charles, Rita Hayworth..., toutes atteintes de maladies génétiques plus ou moins graves. Cette fin est un hymne tout entier dédié à l'Homme. En effet, elle se suffit à elle-même pour nous rappeler qu'il n'est pas nécessaire d'atteindre la perfection pour prétendre marquer l'Histoire de son empreinte.

 


 

 

L’IMAGERIE VISUELLE

En dehors de son scénario très bien inspiré, c’est véritablement l’imagerie visuelle du film qui constitue toute son originalité. Ainsi, contrairement à beaucoup de films de science-fiction contemporains, les effets spéciaux, les décors et costumes de « Bienvenue à Gattaca » sont réduits au plus simple. Comme le dit si bien Michel Chion dans son ouvrage dédié à la Science-fiction, dans ce long métrage « La fusé, c’est une tuyère ; le vol spatial, des ronds colorés qui passent sur le visage d’Ethan Hawke. Les personnages sont en veston complet même quand ils prennent une fusée pour Titan ». Le film donne même parfois l’impression de se dérouler dans les années 1950. Seuls quelques détails technologiques ou sonores rappellent au spectateur que l’histoire se déroule bien dans le futur. Par ailleurs, certaines scènes sont tournées dans des tons froids et métalliques, tandis que d'autres sont filtrées, notamment les flash-back  ou encore les scènes d'extérieur. Ces contrastes permettent de mettre en évidence le manque d'humanité qui règne à Gattaca. On y assiste à la dépersonnalisation de l'individu dans la linéarité des décors et dans l'uniformité des costumes.

AUTOUR DU FILM

Uma Thurman et Ethan Hawke

*Le terme « Gattaca » fait référence aux quatre nucléotides  qui constituent l’ADN : (G pour Guanine, A pour Adénine, T pour Thymine et C pour Cytosine). La séquence G.A.T.T.A.C.A. apparaît plusieurs fois dans le génome humain.

*Les voitures utilisées dans le film ont manifestement été retenues pour leur originalité : une rare Citroën DS décapotable française et une Studebaker Avanti américaine, ainsi que plusieurs Rover P6 britanniques. Le bruitage rappelle qu'elles sont à propulsion électrique dans le film.

*Le nom de famille "Morrow" de Jérôme semble être une référence au célèbre roman d’H.G.Wells « L'Île du docteur Moreau »  qui décrit d'horribles expériences génétiques.

CONCLUSION

« Bienvenue à Gattaca » est un film d’anticipation incontournable. L'histoire de cet homme déterminé à se surpasser et à réaliser ses rêves est tout simplement poignante.

Une superbe réalisation vient couronner un scénario particulièrement intelligent et invite notamment le spectateur à s’interroger sur les limites du rationalisme scientifique.

 

La Bande annonce en version française sous-titrée:

 

 


Bienvenue à Gattaca - Bande annonce Vost FR

 

 

 


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24 septembre 2010 5 24 /09 /septembre /2010 22:39

Time Machine Cover

Adaptation fidèle du roman d’H.G. Wells, « La Machine à explorer le temps »(1960) est l’un des meilleurs films basé sur le thème du Voyage dans le Temps. Ici l’exploration temporelle ne se pratique pas à bord d’une Delorean roulant à 88 miles à l’heure mais confortablement assis dans un fauteuil en velours rouge, muni, à l’arrière, d’un disque à rotation très rapide. Le voyageur a ainsi tout le loisir de voir les jours et les saisons défiler face à lui… Bref, une vision très poétique du voyage dans le temps qui mérite d’être redécouverte aujourd’hui.                                                                                                               

L’HISTOIRE

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Cet excellent long métrage de science-fiction raconte l’histoire de George, un scientifique vivant à Londres à l’aube du XXème siècle, qui fabrique une machine à voyager dans le temps dans le but d’explorer les progrès futurs de l’humanité. Après avoir découvert l’horreur des deux premières guerres mondiales, le visiteur débarque en 1966 en pleine alerte nucléaire! Soucieux de l’avenir, il décide de se projeter beaucoup plus loin, jusqu’en 802 701. Il y découvre une civilisation pacifique et pastorale, les Elois, qui vivent dans l’insoucieuse la plus totale en passant leur temps à nager et à manger des fruits. George finira par découvrir que ce peuple qui n'a ni gouvernement ni lois, sert en réalité de nourriture aux horribles Morlocks, les lointains descendants d’un groupe d'humains qui avait autrefois survécu à la guerre atomique en se réfugiant sous la terre…

PRODUCTION

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Lorsqu’il se lance sur le projet de « La Machine à Explorer le Temps », George Pal a déjà à son actif la production de plusieurs films de science-fiction à succès tels que « Le Choc des mondes » (1951) ou « La Guerre des Mondes » (1952). C’est donc sans grande difficulté que la MGM lui confie la réalisation de ce film doté d’un budget d’un million de dollars.

Le rôle principal est confié à l’acteur australien Rod Taylor, spécialisé à l’époque dans des seconds rôles à la télévision. Il se verra interpréter trois ans plus tard le rôle principal du film « Les Oiseaux » d’Alfred Hitchcock. Yvette Mimieux, quasiment inconnue à l’époque, est choisie pour interpréter le rôle de la jeune Eloi nommée Weena.

Concernant le scénario en lui même, George Pal envisage dans un premier temps de moderniser l'intrigue originale, en faisant de George, le voyageur du temps, un homme contemporain, vivant en 1960. Une telle modernisation aurait été dans le même sens que celle opérée pour « La Guerre des mondes ». Pourtant, il y renonce et fait écrire une œuvre de science-fiction rétrospective, s'inscrivant aux alentours de 1900, en plein âge victorien.

Pour transposer le roman de Wells à l'écran, certains aménagements sont tout de même effectués par le réalisateur. Dans le roman, le voyageur se rend directement dans un lointain avenir où cohabitent les blonds Elois et les sinistres Morlok. George Pal choisit de rajouter deux étapes dans son trajet. L’explorateur fait d'abord un arrêt en 1917, où il apprend la terrible réalité de la première guerre mondiale. Puis, il arrive en 1966 (six ans après la sortie du film, donc), et découvrent que s'y tient une troisième guerre mondiale au cours de laquelle des satellites lancent des bombes atomiques sur Londres !

Par contre, les voyages du roman se situant après la découverte des Elois ont disparu du film. Dans le livre, le personnage continuait à voyager toujours plus loin dans le futur et découvrait, avec horreur, la disparition de l'espèce humaine, puis celle de toute forme de vie animale sur Terre ! Une conclusion pessimiste à laquelle n'adhère pas le film qui se conclut sur une fin relativement ouverte. A ce titre, il est important de préciser que George Pal a toujours envisagé, jusqu'à sa mort en 1982, la production d'une suite. Malheureusement, cette dernière n’a finalement jamais vu le jour.

Quoiqu’il en soit le film connu un grand succès commercial lors de sa sortie en 1960 et remporta même l'Oscar des meilleurs effets spéciaux. 

L’HERITAGE

time after time

Ces dernières années, H.G. Wells et sa «Machine à Explorer le temps» ont inspiré de nombreux réalisateurs sur le petit et le grand écran :

- Le générique de début de « Retour vers le futur » (1985) , faisant figurer une succession de plans d'horloges et de montres, est en réalité un hommage à La Machine à explorer le temps de George Pal, qui débute de la même façon.

- Dans l’excellent film « C’était Demain » (1979), le cinéaste Nicolas Meyers met en scène Herbert George Wells en personne à la poursuite d'un Jack l'Éventreur en cavale dans San Francisco après avoir utilisé sa machine à explorer le temps.

- A la Télévision, le remarquable écrivain, viendra même prêter main forte à Loïs et Clark, dans la série du même nom, à bord d’une machine quasiment identique à celle de la version cinématographique… Si ce n’est qu’elle peut désormais accueillir deux passagers !

Pour finir, notons que « La Machine à explorer le temps » a fait l’objet d’un remake en 2002 réalisé par Simon Wells, l’arrière petit fils d’H.G.Wells. Cette version, également très bien menée, repose néanmoins sur une intrigue sensiblement différente du film de George Pal. Cette fois-ci, le scientifique se prénomme Alexander, et ne développe sa machine que dans l’espoir de changer le cours du passé. La femme qu’il aime a en effet été assassinée sous ses yeux par un voleur dans Central Park , et il revient le soir même de ce meurtre avec de l’avance : mais c’est parce qu’inéluctablement celle-ci se refait tuer qu’il va entreprendre son voyage dans le futur et essayer de découvrir pourquoi il lui est impossible de modifier le passé.

CONCLUSION

Touchant et spectaculaire, le film « La machine à explorer le temps » de George Pal est pour ma part la meilleure adaptation au cinéma de l’œuvre d’H.G.Wells. Un grand classique qui mérite de figurer dans toute bonne DVDthèque.

 

Petit extrait vidéo d'une scène culte du film :


La machine à explorer le temps (1960)

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